Mes billets

Vous avez-dit « pesticide » ?

C’est à la conférence de presse organisée par Aprifel, Interfel et le CTIFL, début janvier à Paris, que le mot a fusé pour la première fois. Et qu’il m’a presque écorché l’oreille, tant je me suis habituée à ne jamais l’entendre dans la bouche des politiques de la filière. Jacques Rouchaussé, président du CTIFL, annonçait la volonté du centre technique de réduire – accrochez-vous bien – l’utilisation de « pesticides ».

Sur le coup, j’ai tiqué. Biberonnée aux « produits phytosanitaires de synthèse », habituée à des usages sémantiques plus doux, moins accusateurs, j’ai été profondément surprise par ce que j’ai alors estimé relever de la plus pure brutalité langagière.

Rebelote, quelques jours plus tard au Sival. Alors que Valérie Sené, directrice de la communication chez Interfel, propose un point sur les derniers chiffres de la consommation des fruits et légumes. Elle laisse échapper, à plusieurs reprises, ce terme que j’ai appris à détester, tant il est chargé de tout ce qui fait peur, comme, pèle-mêle, la mort, la pollution, la toxicité, les cancers.

Valérie m’explique que l’idée a changé. Qu’il faut, à l’orée de la « communication informative », savoir utiliser les termes du citoyen pour mieux se comprendre. Et ce, même si l’on s’engage dans l’approximatif : rappelons que, si le terme pesticide comprend les substances phytosanitaires, il englobe aussi les produits zoosanitaires, les produits de traitements conservateurs des bois, et de nombreux pesticides à usage domestique – comme le shampoing antipoux, les boules antimites, les poudres anti-fourmis, les bombes insecticides contre les mouches, mites ou moustiques, ou encore les colliers antipuces des chiens et chats (merci Wikipédia). De là à ce qu’un consommateur non averti s’imagine qu’on pulvérise du shampoing anti-poux dans les vergers…

Car si le terme de « produit phytosanitaire » renvoie à l’image d’une plante que l’on traite pour la protéger de ses agresseurs, le terme de « pesticide » ne porte, lui, qu’une vague et désagréable idée de mort. Il fait peur, ce suffixe -cide, du latin caedo : « tuer ». Dès lors, on lui préférera, et vous en conviendrez aisément, Le Cid : « O rage ! O désespoir ! O vieillesse ennemie ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s