Mes billets

Ces nuits-là

Les lumières dansent dans les vergers. Jean n’a pas fermé l’œil. L’alarme a sonné à 4 heures, la température était descendue à -1,8. Sauter du lit, embarquer femmes et enfants, filer allumer les chaufferettes. Vite, que la température bascule à nouveau dans le positif ! C’est chose faite une heure plus tard. La récolte semble sauvée.

D’autres n’auront pas cette chance. Les nuits des 19 et 20 avril auront été meurtrières. Dans la vallée du Rhône, où le vent a soufflé chaque fois jusqu’au petit matin, le gel n’a pas eu de prise. Mais dans les terres d’altitude, dès 5h30 du matin, les températures ont gravement chuté. Les jeunes fruits en formation n’ont pas supporté le choc. Dans les Alpes du sud, certaines parcelles sont complètement perdues.

Ces nuits-là comptent tellement plus que beaucoup d’autres jours ! Elles sont portées par l’urgence du vivant qui transcende l’ordre social. L’arboriculteur est un infirmier au chevet de ses jeunes fruits, il œuvre en silence dans la campagne endormie. La nature est gelée, elle est si dure ; elle qui resserre son étau sans rien dire.

Ces nuits-là sont historiques, elles qui peuvent faire basculer le cours de la campagne. Et pendant ces nuits-là, une grande partie des français dort, tandis que l’arboriculteur allume ses bougies comme autant de cierges qui viennent implorer le ciel de se faire plus protecteur.

En France, dans la nuit du 23 au 24, une autre nuit a été historique. Elle fut celle de la mort des partis politiques traditionnels. Marine Le Pen et Emmanuel Macron avait par ailleurs transité par le stand d’Interfel, lors du dernier Salon de l’Agriculture. De Marine Le Pen, on avait noté ce très fort charisme, cette énergie presque brutale ; Emmanuel Macron, qui était venu le lendemain, avait dérouté par ses yeux clairs qui s’enfoncent dans ceux des autres. J’ignore si l’un comme l’autre avait réellement écouté, ni réellement séduit.

Le matin de la visite d’Emmanuel Macron, nous avions appris à 8 heures que François Fillon annulait sa venue. Je me trouvais alors avec l’ANPP sur le stand de Pink Lady, nous préparions une conférence de presse sur le moral des pomiculteurs et leur rapport aux médias. On pensait alors qu’en annonçant sa mise en examen, il choisirait de se retirer. Mais il décida de se maintenir et de venir au Salon l’après-midi même. Je me souviens avoir mis plus de deux heures à récupérer mon manteau, pendu dans le vestiaire du stand de la FNSEA ; parce que le candidat y tenait finalement un meeting… Quant à Jean-Luc Mélenchon, il n’est pas venu au Salon…

Ces nuits-là sont aussi, en fait, celles de tous les possibles.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s