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Quand la distribution rend ses fournisseurs exsangues

Depuis quelques mois, un certain nombre de distributeurs – principalement d’origine allemande – imposent à leurs fournisseurs d’obtenir la certification Grasp, module complémentaire de Global Gap qui évalue les pratiques sociales des entreprises.

L’idée est, évidemment, louable et compréhensible : c’est à l’acheteur de garantir la qualité (sanitaire, nutritionnelle, environnementale et sociale) des produits qu’il sera ensuite amenés à revendre. L’idée, donc, je le répète, est bonne. Mais c’est son application concrète qui pose problème ; d’abord dans tout ce qu’elle a de particulièrement inégal d’un pays à l’autre.

Car la certification est internationale, comme dans le cas de sa grande sœur Global Gap. Un certain nombre de points de contrôle sont déterminés ; et chaque pays doit, ensuite, éditer un guide d’interprétation eu égard à sa propre réglementation nationale. Or, vous le savez, nous le savons tous : la réglementation française en matière de droit social est particulièrement exigeante. L’audit et les contrôles sont donc, en France, bien plus élevés que dans d’autres pays (comme, par exemple, le Maroc, où la réglementation liée aux contrats de travail est presque anecdotique).  Le guide français est sorti le 18 octobre. Il est d’une densité insondable : il est clair que la certification n’aura pas la même valeur d’un pays à l’autre.

Autre problématique, et pas des moindres : la confidentialité.  Aujourd’hui, n’importe quelle entreprise peut recevoir la visite d’organismes publics, comme l’inspection du travail ou la MSA. Demain, avec Grasp, un producteur sera amené à ouvrir toutes grandes les portes de son royaume entrepreneurial à un auditeur interne ou externe : contrats de travail, bulletins de salaire, relevés bancaires ; tout est susceptible d’être passé au crible. Il ne manquera plus que les caméras d’Elise Lucet.

À l’heure où les pouvoirs publics portent un message de simplification, le module Grasp apparaît en France comme une lubie superflue. La distribution persiste à durcir ses cahiers des charges, au risque de rendre son amont complètement exsangue. Du sans résidu au socialement vertueux ; les enseignes se livrent une course presque hypocrite :  à laver plus blanc que blanc on finit par trouer ses chemises de coton Bio 100 % équitable.

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